Hocine Tandajoui : la Méditerranée, ça marche !

Spécialiste du développement durable et du Maghreb, Hocine Tandjaoui vient de rejoindre l'équipe de l'Ader Méditerranée. Il y apporte ses compétences d'économiste et un regard neuf sur la collaboration entre les  deux rives de la Méditerranée…

Vous arrivez à l'Ader Méditerranée pour diriger le projet "Nord et Sud de la Méditerranée : soutien à l’innovation et à la création d’entreprises dans le secteur de l’économie verte". Comment est né ce programme et quelle en est l'idée?

Comme souvent, ce genre de projet découle de la rencontre entre personnalités partageant les mêmes convictions. Fin 2011, nous étions quelques uns à considérer que le secteur de l’économie verte constitue un gisement  de services et d’emplois aussi bien pour les pays du Nord de la Méditerranée que pour les pays du Sud.

Nous étions également convaincus que ces pays ne tireront parti de ces opportunités que dans la mesure où ils engageaient des programmes nationaux pour le soutien à l’innovation, technologique mais également sociale, principalement en mobilisant à la fois les universités, centres de recherches et entreprises.

Quel état des lieux peut-on faire aujourd'hui des deux côtés de la Méditerranée?

En France plusieurs pôles de compétitivité, clusters et plateformes régionales sont clairement engagés dans cette nouvelle économie, en gros depuis une dizaine d’années. Pour les pays du Sud, qui ont tous plus moins opté pour la mise en place de pôles d’excellence ou de technopoles, le mouvement est à peine naissant. Autre conviction : les pays du Sud constituent des opportunités de développement aussi bien pour les entreprises régionales (grandes et petites), que d’une façon générale, l’expertise,  portée également par les pôles, les laboratoires de recherche et les universités.

A votre avis, quelles sont les conditions pour obtenir des résultats concrets ?

Il faut se garder de penser qu’il suffit d’identifier des opportunités pour que cela constitue des programmes réalisables. Au soutien de l’innovation et de la recherche, nous pensons absolument nécessaire d’adjoindre un programme de soutien à la création et au développement d’entreprises, car il ne servirait à rien que des laboratoires mettent au point des produits si, localement des dispositifs ne les accompagnent pas pour que cela se transforme en offre acceptable par le marché, en entreprise, et en emplois. Voilà pourquoi les deux volets, soutien à l’innovation et à la création d’entreprises, sont indissociables. C’est le fondement de l’alliance entre l’Ader Méditerranée et l’ACIM, qui se sont constitués en consortium pour la gestion de ce programme.

Peut-on faire le point sur les objectifs précis de ce programme?

En premier lieu, il faut donner sa définition la plus précise : deux structures de développement de la Région Provence Alpes Côtes d’Azur, l’Ader Méditerranée et l’ACIM se sont engagés à mettre en place un programme pluriannuel de partenariat pour le développement, l’innovation et la création d’entreprises, principalement dans le secteur des technologies vertes, en associant l’expertise des PRIDES et Centres de recherche de la région avec les structures similaires d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.

Les objectifs  généraux du projet sont :

- la mise en œuvre d’un programme pluriannuel de coopération entre les acteurs de l’innovation, de la recherche et de l’enseignement d’une part, et ceux de la création d’entreprises de la région PACA et ceux des pays du Maghreb d’autre part.

- la réalisation d’actions coordonnées de recherche-développement, de formation des opérateurs du secteur de l’innovation, de transfert de savoir-faire techniques dans les productions matures, d’appui aux structures locales d’aide à la création d’activités, l’aide à la professionnalisation des réseaux d’accompagnement en création et développement d’entreprises.

en êtes vous à présent ?

Depuis bientôt un an, le projet a été présenté aux trois pays du Maghreb, où les interlocuteurs sont principalement les ministères de l’industrie, les agences de soutien à l’innovation et celles chargées du soutien aux PME.

Le trois pays disposent de programme de soutien aussi bien aux PME qu’à l’innovation et la recherche, et ont accueilli favorablement notre démarche. Toutefois, c’est avec le Maroc que nous connaissons un début de concrétisation, puisque nous avons fait une proposition à la société MEDZ, filiale de la Caisse de Dépôt et de Gestion, en charge de la mise en place de douze Plateformes Industrielles Intégrées, et qui a l’ambition d’en faire des pôles d’excellence. Ce programme se déclinerait ainsi : soutien et animation des Plateformes Industrielles Intégrées (vers des pôles de compétitivités) ; soutien à la création d’entreprises innovantes via l’incubation et soutien à la réalisation de Cités de la PME ; soutien de l’innovation et de la R&D.

Ce partenariat se concrétise pour l’instant par une mission confiée à l’Ader Méditerranée, de nouer des partenariats entre les technopôles marocaines et certains pôles de compétitivité de la région.

CV Express

Né en 1949 à Biskra (Algérie) fait ses études en France où il sera diplômé de l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Il commence sa carrière en tant que directeur d’études à la Caisse des dépôts et consignations, puis devient le responsable Maghreb au département des affaires européennes et internationales de la CDC (1999 à 2008).

Après un passage à la direction du Fonds développement local Balkans (2000 à 2002), il s'installe au Maroc et conseille le directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion, en charge du Développement durable et de l’Economie de la connaissance jusqu'en 2010.

Depuis mars 2012, ce passionné de littérature et de développement local a rejoint l'Ader grâce à une mise à disposition par la CDC. Il est chargé de la direction du « Projet Nord et Sud de la Méditerranée : soutien à l’innovation et à la création d’entreprises dans le secteur de l’économie verte ».