Nardo Vicente, l'odyssée d'un amoureux de la Méditerranée

C'est le compagnon de mer de tous les pionniers : Tailliez, le père de la plongée moderne, Delauze (Comex), Cousteau et Bébert Falco ... Ce biologiste marin aux 10 000 plongées, Directeur Scientifique de l'Institut Océanographique Paul Ricard est un optimiste qui innove depuis 50 ans pour la Méditerranée.

En 1980, vous êtes co-auteur d'un film choc intitulé "Pollution et nuisances sur le littoral méditerranée". Palme d'or du film scientifique au festival de Rio de Janeiro, il est à l'origine des premières stations de traitement des eaux usées en Provence Alpes Côte d'Azur.

Comment se porte la Méditerranée aujourd'hui?

C'était une des mers les plus polluées au monde il y a quelques décennies? Aujourd'hui, les rejets des grandes villes sont maîtrisés grâce au traitement des eaux, les comportements ont considérablement évolué et la surpêche a été limitée. Il reste cependant beaucoup à faire!

Regardez l'effet "réserve" : on compte pas moins de 120 parcs marins sur le pourtour Méditerranée. Qui les plébiscite? Les pêcheurs qui n'en voulaient pas autrefois. Qui en parle le plus? La Turquie qui ne fait pas partie des pays les plus riches. En 2004, la mise en place d'une zone de protection écologique qui permet d'épingler les auteurs de dégazages en mer au-delà de la limite des eaux territoriales (25 miles) a été très positive. L'écosystème en Méditerranée, qui représente 8 à 10% de la biodiversité mondiale, évolue, mais il n'y a pas eu de disparition d'espèces. Notre rade de Marseille reste un lieu extraordinaire à cet égard. Au large de Riou, nous avons les plus beaux fonds de la Méditerranée occidentale d'une richesse incomparable.

Quelles sont vos relations avec l'Ader Méditerranée?

Je collabore avec l'Ader Méditerranée depuis les années 60!!!! A cette époque, on voit très peu d'initiatives pour établir des relations entre les entreprises et l'Université. Lorsque Paul Ricard me demande en 1972 de onder un laboratoire qui surveillerait la qualité des eaux du littoral méditerranée, travaillerait à améliorer et à développer l'aquaculture en Méditerranée, je lui demande une équipe de quatre chercheurs. Il me la donne. De mon côté, je travaille bénévolement et je gère les contrats des stagiaires et des jeunes chercheurs que l'Ader Méditerranée me permet de recruter et de rémunérer. Nous devenons une petite PME d'une douzaine de personnes ... Depuis, notre relation s'est poursuivie et intensifiée, puisque je suis conseiller scientifique du comité stratégique de l'Ader Méditerranée.

Bénévole de l'Institut depuis 40 ans, vous avez, avec vos équipes, contribué à la découverte de bactéries marines qui dévorent les hydrocarbures des marées noires, favorisé la protection des espèces menacées du littoral, telle la grande nacre de Méditerranée protégée en 1992.

Comment innover pour mieux protéger la Méditerranée ?

Il faut être attentif à une nouvelle menace. Les molécules issues des principes actifs des médicaments traversent les stations d'épuration sans que l'on sache quel est leur impact sur certaines populations de la faune marine. Je pense à l'oursin, victime périodiquement de maladies aussi préoccupantes que la prédation dont il fait l'objet par l'homme. Nous avons, à l'Institut, une écloserie d'oursins qui produit de jeunes individus en grand nombre, car nous avons été les premiers à mettre au point le "biberon" assurant leur croissance. Cela permettra de conforter les populations régionales de cette espèce comestible.

Nous innovons aussi avec le premier contrat de baie à Toulon qui va permettre d'améliorer la gestion du milieu naturel en valorisant le patrimoine et les activités liées à la mer tout en restaurant les milieux aquatiques.

Et puis, la sauvegarde de la Méditerranée passe par l'éducation et la sensibilisation des jeunes et des moins jeunes aux problèmes de notre Mer comme berceau des civilisations.

L'Institut Océanographique Paul Ricard

En France, l'Institut Océanographique Paul Ricard compte parmi les précurseurs de la bataille de l'environnement. En 1966, Paul Ricard lui avait fixé la mission de faire connaître et protéger la mer.

La mission de l'Institut Océanographique Paul Ricard, association loi 1901, est de :

- développer des recherches concrètes et innovantes

- diffuser l'information scientifique et la rendre accessible au plus grand nombre.

Le Centre de recherche est implanté sur l'Ile des Embiez (Var), à proximité du rivage. Les travaux des scientifiques portent principalement sur l'écologie littorale, la microbiologie marine, l'aquaculture, la lutte antipollution et la préservation de la biodiversité marine. Une écloserie polyvalente produit, entres autres, de jeunes oursins destinés à des lâchers expérimentaux en mer.

Des collaborations sont établies avec des organismes public comme WWWF-FRance, le Centre de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (FREMER), le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-Corse, les collectivités territoriales.s chercheurs reçoivent également le soutien d'entreprises privées telles que Pernod Ricard, Ricard, Véolia Eau, la Caisse d'Epargne Côte d'Azur, Saint-Gobain et Honda France. L'équipe de recherche a reçu un Grand Prix de l'Académie des Sciences.

Visites de l'Aquarium-Musée des Embiez, conférences, expositions, réalisations multimédia, campagnes de sensibilisation, actions éducatives concourent à informer sur les grands enjeux environnementaux.

L'Ader Méditerranée participe, depuis sa création, au développement de l'Institut en facilitant le recrutement et en prenant en charge les contrats de travail de nombreux chercheurs et stagiaires.

En savoir plus: www.institut-paul-ricard.org

Coup d'envoi d'une étude scientifique et d'un suivi biologique dans la calanque de Podestat (Parc National des Calanques) réalisés par l'Institut Océanographique Paul Ricard pour EDF.

En savoir plus : communiqué de presse