Demain, La Mer

Comment va la mer?

Si l'on devait faire un bilan sur notre littoral français, on ne pourrait qu'observer un très net progrès. il y a un peu plus de 30 ans, les enfants pouvaient trouver sur les plages un rivage jonché d'invraisemblables détritus : pneus, batteries, appareils électroménagers ... On ne voit plus tout cela aujourd'hui. De grands efforts ont été accomplis en matière d'épuration des eaux, d'aménagement du bord de mer, de collecte des déchets et de tri sélectif en même temps que se développait une conscience environnementale plutôt anxieuse.

Cette hypersensibilité du public a été un atout pour aller plus vite et plus loin. La mer est bonne fille : dès que vous arrêtez de lui faire du mal, elle vous rend du bien. Mais les enjeux globaux d'aujourd'hui imposent une révolution copernicienne : changer notre regard et notre point de vue sur la mer.

Il y a 40 000 ans, l'homme du paléolithique met au point l'hameçon, à la chasse et la cueillette s'ajoute alors la pêche. L'homme abandonne la prédation au profit de la production : la chasse devient l'élevage. La cueillette agriculture. Et la pêche reste toujours la pêche.

Nous sommes de plus en plus nombreux - 2 milliards en 1945, 7 milliards aujourd'hui - et il ne peut plus être question de continuer la seule "cueillette" du poisson? Il faut absolument complémenter les captures de cette ressource sauvage par une production aquacole durable et innovante. Ne plus vider les océans pour remplir les poubelles.

La mer doit rester vivante. C'est ça l'idée neuve. Son dessein est bien plus grand que de nourrir l'humanité. Elle est notre plus grande fabrique d'air et d'eau sur la planète, régulant la météo, le climat et captant le carbone émis sur terre.

Or, nous restons bien moins conquérants pour connaître cette extraordinaire machine à produire la vie que pour explorer l'espace.

C'est cette barrière tenace entre terre et mer qu'il faut lever. On peut parler d'un saut culturel et scientifique, d'un travail d'émotion de curiosité qu'il reste maintenant à accomplir. Toute chose, à un moment ou un autre, passe par la mer qui est reflet de notre humanité et un modèle d'équilibre. Arrêtons de lui tourner le dos, ouvrons nous positivement à son univers pour mieux comprendre et inventer notre avenir.

 

CV Express - Patricia Ricard

Présidente de l'Institut Océanographique Paul Ricard dont elle est la petite fille (née en 1963 à Madrid), Patricia Ricard est engagée depuis 20 ans dans la protection de l'environnement. Dès les années 90, elle préside les "mardis de l'environnement", anime de nombreux festivals de documentaires sur les sciences de l'homme et de la nature, propose au congrès de Davos une sélection de films et lance plusieurs émissions de télévision. Son expertise en matière de développement durable et de protection des milieux marins lui ont ouvert les portes du conseil économique social et environnement (CESE) en 2010. Membre de cette institution nationale qui représente la société civile et conseille le gouvernement, elle en a ensuite été élue Vice-Présidente pour la section environnement.