Une humanitaire dans un projet économique

Pompier volontaire, infirmière et humanitaire, Stéphanie Allard gère la solidarité comme une véritable entreprise. Au Burkina, elle a construit un projet autour d'un arbre, le Moringa, qui grandit aujourd'hui en France.

"Un euro égale un Moringa planté, irrigué et protégé". L'équation posée par Stéphanie Allard pourrait-elle résoudre une partie du problème de la faim et de la désertification en Afrique tout en apportant des revenus aux agriculteurs? 

Oui, si l'on se fie aux caractéristiques de cet arbre aux mille vertus : feuilles, fleurs, graines, écorce, racines et huile sont intégralement utilisables pour l'alimentation humaine et animale. Adapté aux climats semi tropicaux humides et jusqu'aux zones très arides comme le Sahara, le Moringa pousse partout où se concentre la malnutrition.

"Seuls 200 mm de pluie suffisent. Avec deux ou trois arbres, une famille peut se nourrir car il contient tous les acides aminés essentiels", explique Stéphanie.
Mais pas seulement : "Je suis partie de l'idée qu'il fallait une mise en œuvre facile, mais surtout que cet arbre soit le un pilier d'un système économique à bâtir". 

Tout commence en 2006, lorsque l'infirmière libérale arrive, pour la première fois, en Afrique. Elle y est partie pour trois mois avec "Planète urgence", une ONG qui l'envoie en mission dans l'orphelinat Sainte Thérèse à Loumbila situé à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. L'établissement regroupe 120 enfants. Au dehors, Stéphanie découvre une malnutrition chronique. "Les gens n'ont pas à manger tous les jours et la plupart ne se projettent pas à un mois". Alors que faire?

Tester le Moringa en France

A l'époque, on ne parle pas encore de "chimie verte" et le Moringa, pourtant endémique au Burkina, n'est guère utilisé malgré son intérêt de plus en plus évident. 

Non seulement la production de feuilles fraîches ou séchées constitue une activité de production très rentable pour les agriculteurs, permettant jusqu’à huit récoltes par an avec des investissements quasi nuls. Mais encore, la plante fixe le sol, forme une "barrière verte" contre l'avancée du désert et sert de fourrage aux animaux d'élevage. C'est le début d'un système économique.

"Fleur de Vie", l'association de Stéphanie, s'organise alors pour promouvoir l'utilisation du Moringa. Depuis 2009, 30 000 arbres ont été plantés, un potager scolaire et une cantine ont été créés au sein de l'orphelinat. 

"Il faut mieux faire connaître aux industriels français le potentiel du Moringa pour offrir un débouché à l'exportation à la plante africaine dans le cadre d'un commerce équitable". Le projet a donné lieu dès 2008 à des recherches, avec l'aide de la meilleure amie de Stéphanie, une chimiste qui mobilise le CRITT chimie de Marseille.

A quoi pourrait bien servir le Moringa en Europe? "On sait qu'il peut intéresser le secteur cosmétique, mais il peut être efficace pour le traitement des eaux. Contrairement au sulfate d'alumine, il est biodégradable". Aujourd'hui, 5000 m2 sont plantés en France pour procéder à des études de faisabilité autour de plusieurs projets qui nécessitent des prestations techniques de réseau. Une expérimentation qui utilise les services de l'Ader Méditerranée.

En savoir plus :
http://fleurdevie.over-blog.fr/

La malnutrition et la faim

La malnutrition est un des premiers facteurs responsables des taux de mortalité infantile souvent élevés dans les pays tropicaux et subtropicaux. Dans les pays les plus pauvres, un enfant sur cinq mourra en bas âge.

A l’échelle mondiale, le taux de mortalité liée à la faim est estimé à sept millions de personnes par an, dont la très grande majorité meurt de sous-nutrition chronique.

Pour en savoir plus sur le partenariat entre l'Ader Méditerranée et Fleur de Vie : cliquez ici .