Entretien avec Thameur HEMDANE, entrepreneur de la Diaspora tunisienne

DiaMed : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce que vous faites aujourd'hui ?

TH : Je suis le fondateur de 2 plateformes de crowdfunding ou financement participatif. La première est "Cofundy", une plateforme de dons qui a pour vocation de financer des projets à fort impact social et/ou environnemental en Afrique, et la seconde est "Afrikwity", une plateforme d'investissement participatif pour des projets entrepreneuriaux cherchant à lever des fonds entre 100 000 et 1 000 000 d'euros pour leur développement sur le continent africain.

Avant cette expérience entrepreneuriale, j'ai eu un parcours de consultant en stratégie et en management dans les services financiers. Après un court passage en salle des marchés d'une banque d'investissement, j'ai découvert, par hasard, le crowdfunding qui se développait aux Etats-Unis. Au début je n'ai pas pris au sérieux ces plateformes web qui s'attaquaient à la finance, chasse gardée des banques. Mais j'ai été rapidement conquis car j'y ai vu un intérêt pour les pays en développement. Etant tunisien, j'ai pensé que, dans le contexte post-révolution, cela pouvait constituer une solution de financement innovante pour répondre aux enjeux de développement social et économique.

La réglementation a été et reste un grand défi pour le développement de nos activités de crowdfunding en Afrique. En France, le nouveau cadre réglementaire est entré en vigueur en novembre 2014 mais la majorité des pays africains ne possèdent pas encore de cadres réglementaires adaptés adaptés au crowdfunding.

Il a donc fallu avoir une double casquette : celle de l'entrepreneur et celle d'acteur du plaidoyer pour porter cette innovation auprès des institutions de différents pays africains. Les porteurs de projet étaient demandeurs dès le début, mais il a fallu sensibiliser les acteurs des écosystèmes et convaincre les institutions. J'ai d'ailleurs cofondé l'association Financement Participatif en Méditerranée afin de mobiliser les différents acteurs pour la promotion du crowdfunding dans les pays du Sud.

Aujourd'ui, nous sommes des pionniers du crowdfunding en Afrique. Plusieurs institutions, comme Mercycorps et l'AFD, nous ont fait confiance et nous soutiennent. Afrikwity a d'ailleurs été identifié dans le cadre du plan d'action du gouvernement français "Développement et Numérique" comme une initiative de financement participatif mobilisant l'épargne des diasporas qui mérite d'être soutenue.

DiaMed : Comment avez-vous participé au projet DiaMed ? Qu'en retenez-vous?

TH : J'ai intégré DiaMed au début du développement de mon activité sur la Tunisie. Le projet a pris par la suite une dimension africaine. Le bilan de l'accompagnement DiaMed a été très positif pour ma part. DiaMed nous a amené ce dont tout entrepreneur a besoin en matière de contact, de réseau ... J'ai eu la chance d'avoir été accompagné par la CONECT qui m'a ouvert son réseau et m'a permis d'accéder à des rendez-vous de haut niveau avec des responsables d'entreprises privées ou des administrations pubiques. De plus, la CONECT a été un grand soutien pour la promotion du crowdfunding en Tunisie.

DiaMed  : En qui pensez-vous que la mobilisation de la Diaspora peut-être particulièrement stratégique pour le Maghreb ?

TH : Il suffit de regarder les chiffres des transferts de fonds. Plus de 10% de la population tunisienne vit à l'étranger et transfère près de 2 milliards de $ tous les ans vers la Tunisie. Les montants des transferts des diasporas représentent plus de 65 milliards de $ au niveau de toute l'Afrique : c'est plus de 3 fois l'aide publique au développement. Les impacts économiques et sociaux de ces transferts de fonds sont non négligeables. Cependant, l'enjeu d'augmenter la par des transferts vers l'économie productive demeure.

Mes expériences au sein de réseaux de diasporas, notamment au sein de l'Atuge et de Maroc Entrepreneurs, m'ont permis de comprendre que la diaspora a besoin de garder le contact avec le pays d'origine sans pour autant vouloir engager un retour définitif au pays avec un projet entrepreneurial d'investissement. Et pourtant, les institutions de développement et les autorités locales n'ont cessé de déployer des moyens importants pour inciter ces diasporas à revenir dans leur pays pour entreprendre et investir dans l'économie productive.

Force est de constater aujourd'hui que les résultats de ces politiques sont mitigés. A l'ère du digital, il m'a paru évident de proposer de nouveaux outils aux diasporas qui soient adaptés à leurs nouvelles pratiques et à leurs aspirations citoyennes. Avec Afrikwity et Cofundy, nous leur proposons de contribuer au développement de leur pays en affectant leur épargne aux projets qu'ils ont choisi, en toute simplicité et en toute transparence.

Témoignages

"Cette formation nous a principalement inculqué les notions et nécessaires à la création d'une entreprise, bien qu'elle nous ait permis une meilleure valorisation de nos compétences acquises durant notre formation universitaire. Par ailleurs, les différents modules et travaux auxquelles nous avons participé, nous ont permis de corroborer les différents aspects qui régissent une entreprise et qui semblaient jusque-là ambigus, nous octroyant ainsi une certaine assurance lors de nos futurs entretiens d'embauche".
Smail RAIA
Ingénieur d'état en géophysique
- bénéficiaire de la formation Jeunes diplômés (Algérie)

"La Master Classe DiaMed m'a permis de me connecter à des opportunités et de recueillir un maximum d'informations clés en très peu de temps".
Myriam BOUZELMAT
Entrepreneur - société Cap Iso (Tunisie)


"Ce fut un grand plaisir de pouvoir partager cette expérience avec vous tous au cours de MedAcademy. J'ai vécu un échange riche en informations et idées innovantes. Je vais commencer à travailler concrètement sur l'idée du portail comparatif. J'avoue que l'idée me séduit? C'est sûr que je reviendrai vers vous pour avancer dans la réflexion? Je serai honoré de faire partie des invités de vos évènements futurs".
Aziz BOUABE
German Moroccan Business Club (Maroc)