Rives Méd, le chaînon manquant

Comment améliorer le réseau de valorisation et de transfert de technologies très riche de notre Région ? Si Provence Alpes Côte d'Azur dispose d'une forte capacité recherche avec 2 milliards d'euros investis en R&D chaque année, cet effort ne se traduit pas toujours par la création de richesses et d'emplois durables sur le territoire. D'où l'idée de Rives Méd d'offrir un service inédit qui permet de tester de nouveaux process et de les porter à l'étape pré-industrielle.

"Le maître mot pour nous c'est d'aider les entreprises à passer au stade de la préindustrialisation et de la commercialisation de leurs produits innovants. Malheureusement, combien de projets particulièrement pertinents ont quitté trop tôt la paillasse du laboratoire pour aller directement dans l'industrie et retourner aussitôt dans les cartons ?", s'inquiète Pierre Michiel, Directeur de Rives Méd, centre mutualisé de ressources technologiques.

En quoi consiste le projet et comment s'est-il fondé?
Car, au fond, la question préalable qui se pose est celle d'avoir une visibilité et une pertinence parmi la quantité de structures interfaces entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise.

"Nous sommes partis d'une observation simple, à savoir qu'il existait un chaînon manquant dans le dispositif d'aide aux entreprises et aux laboratoires de recherche pour accompagner une mise sur le marché efficace de leurs produits : être capable de changer d'échelle " précise Pierre Michiel.
En clair, il s'agit de faire ce que les anglo-saxons nomment le "scale up" et de produire de grandes quantités de produits chimiques que les entreprises et leurs clients vont pouvoir utiliser pour des tests d'aptitude à l'usage, ces échantillons pourront jouer un rôle déterminant en phase de pré-commercialisation.

Rives Méd se positionne ainsi sur le créneau de la recherche appliquée permettant aux PME de tester, sur le marché, les innovations des laboratoires en modélisant les produits et services, notamment ceux issus de la chimie verte et biosourcée.

Aucun pilote à ce jour n'existe en région. Ce projet s'appuie sur les moyens humains de l'Ader Méditerranée, le matériel et les ressources humaines de l'Ecole Centrale de Marseille et le concours du Critt Chimie/Prides Novachim.

Une large synergie de compétences et d'expertise

Concrètement, il s'agit d'une plateforme de 1000 m2, installée sur le campus de l'Université de Saint-Jérôme dans les locaux de l’Ecole Centrale qui met à disposition de Rives Méd non seulement des locaux et du personnel mais également de nombreux équipements : deux labos d'analyse, trois colonnes instrumentées et régulées de distillation en continu et discontinu, deux membranes d’ultrafiltration (minérale et organique), un réacteur pilote, un équipement d’osmose inverse, un équipement de rhéologie etc.

"Quelques grandes entreprises ont la possibilité de disposer de telles installations. Mais ce qui fera progresser notre projet, ce sont les synergies et collaborations avec les compétences et expertises régionales. Ce sont ces complémentarités au niveau du terrain qui sont essentielles pour la réussite de Rives Méd", estime Pierre Michiel.

Ainsi, le Critt Chimie, dirigé par Patricia Guiraudie, a t-il commencé à mettre en contact les entreprises avec Rives Méd. Car il existe clairement "une faiblesse pour toutes celles qui sont dans une perspective d'accès à un marché et qui expriment une demande de "scale up"".

Le fonctionnement de Rives Méd se met donc en place et sa montée en puissance est en cours, comme le dévoile Pierre Michiel. " La DRRT nous soutient pour devenir centre de ressources technologiques".

Par ailleurs, un certain nombre d'activités ont démarré, dont un projet très important de valorisation des minéraux avec les Abrasifs du Midi et sa Directrice Administrative et Financière, Christine Bouillane-Mazet, qui cherche des solutions à la fois pour faire agréer des matériaux et faire en sorte que certains d'entre eux trouvent des utilisations élargies dans l'industrie, comme le carbure de silicium.

"Faire de la chimie verte n'est pas un chemin tout tracé. Autant les process de la chimie classique sont connus, autant la chimie verte est difficile d'accès avec des règlementations chimiques de développement durable comme REACH. On aura donc besoin de plus en plus de matériel de process adaptés pour aider les PME", pronostique Pierre Michiel.

Jean-Pierre Galy au Conseil Scientifique

Il a été l'un des pionniers du rapprochement des entreprises et de la faculté des sciences, il est aujourd'hui au Conseil Scientifique de l'Ader Méditerranée et du Critt chimie. Jean-Pierre Galy, ancien professeur des Universités, se passionne pour l'avenir de sa discipline.

Comment développer une réflexion prospective, faire entrer dans les laboratoires les thématiques nouvelles de recherche qui aideront les entreprises régionales à évoluer sur leurs marchés?
Voilà une problématique qui intéresse Jean-Pierre Galy depuis ses premières années d'enseignement. C'est lui qui fût à l'origine, il y a 30 ans, des premières formations de "Chimie fine" sur le campus de Saint Jérôme. Le but poursuivi?
" Il s'agissait de répondre à un besoin de terrain des entreprises qui n'avaient pas en réalité de personnel pour vendre leur production ou leur offre de service: nous avons donc formé les premiers ingénieurs commerciaux en chimie. La moitié de nos étudiants trouvaient du boulot avant d'avoir fini leur cursus!", se rappelle avec joie le Professeur Galy. Un bon millier de jeunes ont suivi cette formation, creuset d'un réseau d'échanges efficace. " Nous avions des jeunes gens et jeunes filles habitués à des relations effectives entre les sociétés et le monde universitaire et des structures qui en assurent la promotion comme l'Ader et le Critt".

"La chimie, en pleine révolution"

Aujourd'hui, le travail de Jean-Pierre Galy au Conseil Scientifique des deux associations est "d'apporter un regard scientifique sur les projets, les classer et répertorier les moyens utilisables". En pratique, l'Ader Méditerranée effectue de nombreuses visites dans les entreprises qui portent les projets en question dans un contexte de "pleine révolution de la chimie". Entièrement dérivée du pétrole, celle-ci est soumise à de très fortes contraintes pour évoluer. " La première d'entre elle est le facteur temps. Il faut faire vite car les besoins sont énormes, mais le changement de cap est très long avant de produire les effets escomptés".

Alors que faire d'autre que d'aller dans la bonne direction en étant rentable économiquement ? "Les entreprises, notamment les plus petites ne peuvent pas faire autrement". Depuis deux ans, Jean-Pierre Galy fait passer le message de ce développement durable à taille humaine qui caractérise l'Ader Méditerranée. "Rives Méd est un des axes de développement. Il correspond bien à la demande en offrant la possibilité de pré-industrialiser nombre de projets".